On présente souvent Jean-Jacques Rousseau comme un adversaire de l’ Église catholique , presque comme un penseur antireligieux avant l’heure. L’image est séduisante, mais elle simplifie à l’excès sa pensée. Car Rousseau ne combat pas la foi. Il se méfie davantage de ce qu’elle devient lorsqu’elle s’institutionnalise, se hiérarchise, se rigidifie. Autrement dit, son problème n’est pas Dieu, ni même la religion en tant que telle, mais la manière dont une institution peut finir par confondre autorité spirituelle et pouvoir sur les consciences. Dans la Profession de foi du vicaire savoyard , insérée dans Émile , Rousseau développe une idée qui reste étonnamment moderne : l’être humain possède en lui-même une forme de boussole morale. La conscience n’est pas un simple réceptacle de règles extérieures ; elle permet déjà d’accéder à une certaine idée du juste, du vrai et du bien. La foi, chez lui, relève donc moins de l’obéissance que d’une expérience intérieure. Elle n’a pas besoin d’êtr...