L’expression revient sans cesse dans le débat public : la France serait « judéo‑chrétienne ». Pour certains, c’est une évidence ; pour d’autres, une provocation. Au fond, pourquoi cette formule suscite‑t‑elle tant d’émotions ? Mon propos : reconnaître un héritage n’autorise pas à en faire une définition exclusive de la nation. Sur le plan historique, parler d’un héritage chrétien n’est pas absurde. Pendant des siècles, le christianisme a façonné le territoire, les institutions, le calendrier, l’architecture, les fêtes et une grande part du vocabulaire quotidien. Il suffit de lever les yeux pour voir des églises, des cathédrales et des noms de rues qui témoignent de cette histoire. Le judaïsme, minoritaire en nombre, est central dans la généalogie religieuse et intellectuelle du christianisme : ses textes et ses valeurs morales ont contribué au fonds commun européen, tandis que son histoire en France porte aussi la mémoire des exclusions et des persécutions, jusqu’à la Shoah. Pourtant, ...