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Et si Rousseau avait compris la religion mieux que l’Église elle‑même ?

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Quand “judéo‑chrétien” devient politique !

L’expression revient sans cesse dans le débat public : la France serait « judéo‑chrétienne ». Pour certains, c’est une évidence ; pour d’autres, une provocation. Au fond, pourquoi cette formule suscite‑t‑elle tant d’émotions ? Mon propos : reconnaître un héritage n’autorise pas à en faire une définition exclusive de la nation. Sur le plan historique, parler d’un héritage chrétien n’est pas absurde. Pendant des siècles, le christianisme a façonné le territoire, les institutions, le calendrier, l’architecture, les fêtes et une grande part du vocabulaire quotidien. Il suffit de lever les yeux pour voir des églises, des cathédrales et des noms de rues qui témoignent de cette histoire. Le judaïsme, minoritaire en nombre, est central dans la généalogie religieuse et intellectuelle du christianisme : ses textes et ses valeurs morales ont contribué au fonds commun européen, tandis que son histoire en France porte aussi la mémoire des exclusions et des persécutions, jusqu’à la Shoah. Pourtant, ...

Les silhouettes derrière l'écran

Le monde ne s'est pas effondré. Il s'est simplement fragmenté. Personne n'a entendu le bruit de la fissure. Elle n'a pas retenti comme une explosion. Elle s'est glissée dans les gestes quotidiens : dans le mouvement du pouce sur un écran, dans les silences autour d'une table, dans les regards baissés au lieu d'être échangés. Adam travaillait dans un Open Space lumineux, spacieux, bardé de plantes artificielles et de slogans inspirants collés aux murs. "Be the change." Il gérait des contenus pour une plateforme sociale dont il ne maîtrisait même plus vraiment le sens. Chaque jour, il supprimait des messages signalés, des images jugées inappropriées. Il ne savait plus très bien ce qui était réellement violent : les mots des autres ou le tri permanent qu'on lui demandait d'opérer. Il avait vingt-neuf ans et la sensation étrange d'être déjà fatigué d'un monde qui allait trop vite. Le soir venu, dans son appartement au sixième étage, il ...

De Zola aux écrans

Le 13 janvier 1898, Émile Zola prit la plume et, d’un seul article, fit trembler la Troisième République. Les rotatives crachaient l’encre comme on crache le feu ; la presse se transformait en tribunal, et chaque feuille portée par le vent semblait porter un verdict. Dans les cafés parisiens, on lisait à voix haute, on s’indignait, on applaudissait, on menaçait : la rue et le salon se confondaient en une même agora. La vérité venait de recevoir un nom — J’accuse — et, à partir de ce moment, il devint impossible de prétendre ne pas savoir. Ce cri public n’était pas seulement une dénonciation : c’était une mise en demeure adressée à la conscience collective. Plus d’un siècle a passé. Les rotatives ont disparu, remplacées par des écrans lumineux qui tiennent dans la paume ; les journaux imprimés ont cédé la place à des flux infinis, instantanés, souvent éphémères. L’indignation ne se murmure plus autour d’un comptoir ; elle s’affiche en caractères gras, s’accompagne d’un hashtag, se mesur...

Et les efforts deviennent à sens unique... La prescription Bayrou : avalez, ça passe !

E n attendant que l’embrasement mondial fasse son entrée, que la famine achève son œuvre à Gaza City et que l’Ukraine se découpe au gré des ambitions russes et américaines, la France ajuste ses comptes comme on taille un tissu déjà usé. Le geste est sec, méthodique, presque chirurgical. François Bayrou, Premier ministre, avance son plan budgétaire comme on présente un antidote, alors que l’odeur de poudre flotte dans l’air.     On nous parle d’économies comme de sacrifices vertueux. Les jours fériés sont effacés d’un trait, comme un simple décalage de calendrier. Les salaires et pensions sont figés, nommés « pauses » au nom du bien commun. Mais derrière ces chiffres glacés, se cache une réécriture des priorités : une nation sommée d’adopter une posture d’effort constant, où la solidarité devient mécanique et la dignité un ajustement comptable.      Ce plan, censé stopper l’hémorragie de la dette, ouvre en réalité un autre front : celui du droit au repos, du...

Quand le deuxième sexe enterre le patriarcat

A lors que le gouvernement gratte les économies sur le dos des services publics, un autre chantier, plus discret et plus pernicieux, s’ouvre dans l’ombre des discours officiels : celui de la redéfinition des frontières du désir, de l’appartenance et du pouvoir symbolique. La loi Duplomb ; évoquée aujourd’hui dans les cafés comme balise politique, demain comme repoussoir ; cristallise ces tensions. Peu importe son intitulé exact : elle devient prétexte et miroir, révélant ce que la nation préfère taire. J’écris cet article comme on gratte une allumette dans une pièce enfumée. Les silhouettes familières se dessinent : la radicalité écologique, qui oublie parfois que la sauvegarde du vivant exige la justice sociale ; la radicalité identitaire, qui érige des frontières sous couvert de protection ; le néoféminisme, qui interroge, bouscule et pousse aux ruptures nécessaires. Et tout autour, des vocables et des forces d'extrême droite, masculisme identitaire, mouvances incel - tissent une...

Ve République : une démocratie fissurée

L a démocratie française, dans ces derniers mois, a traversé une zone de turbulence qui a profondément ébranlé la confiance citoyenne. Tout a semblé s’accélérer en 2024, lorsque la dissolution de l’Assemblée nationale, décidée par Emmanuel Macron, a ouvert la voie à des élections anticipées. Le résultat de ces législatives a vu une coalition de gauche l’emporter sans pour autant obtenir la majorité absolue. Ce qui aurait pu être un moment de clarification politique s’est transformé en une source de tensions nouvelles : l’arrivée d’un gouvernement mené par François Bayrou, soutenu par le président, a été perçue par beaucoup comme une décision en décalage avec le choix exprimé dans les urnes. Très vite, les voix de l’opposition se sont élevées pour dénoncer un « déni de démocratie ». Le recours, en octobre, à l’article 49.3 pour faire adopter le budget 2025 a achevé d’alimenter ce malaise. Les critiques furent vives, jusqu’au sein même de l’hémicycle. Charles de Courson, figure respectée...