Le 13 janvier 1898, Émile Zola prit la plume et, d’un seul article, fit trembler la Troisième République. Les rotatives crachaient l’encre comme on crache le feu ; la presse se transformait en tribunal, et chaque feuille portée par le vent semblait porter un verdict. Dans les cafés parisiens, on lisait à voix haute, on s’indignait, on applaudissait, on menaçait : la rue et le salon se confondaient en une même agora. La vérité venait de recevoir un nom — J’accuse — et, à partir de ce moment, il devint impossible de prétendre ne pas savoir. Ce cri public n’était pas seulement une dénonciation : c’était une mise en demeure adressée à la conscience collective. Plus d’un siècle a passé. Les rotatives ont disparu, remplacées par des écrans lumineux qui tiennent dans la paume ; les journaux imprimés ont cédé la place à des flux infinis, instantanés, souvent éphémères. L’indignation ne se murmure plus autour d’un comptoir ; elle s’affiche en caractères gras, s’accompagne d’un hashtag, se mesur...